lundi 14 août 2017

Blockchain et destruction de valeur

L'informatique est une technologie destructrice de valeur.

La mise en oeuvre à venir du Blockchain dans le monde financier en est la démonstration la plus récente.

On s'inquiète beaucoup dans les banques françaises, et spécifiquement dans les banques commerciales (dans les autres pays du monde également, j'imagine) de la mise en oeuvre du Blockchain, et de ses conséquences notamment sur le niveau d'emploi dans le secteur.

Le principe originel de fonctionnement d'une banque commerciale a toujours consisté à tenir un livre de compte, qui fait foi pour me dire le solde de mon propre argent : La banque enregistre les mouvements sur mon compte, calcule le solde afférent résultant de ces opérations, et tient l'information à ma disposition, de manière à la fois fiable et sécurisée (restreinte à moi exclusivement).

Accessoirement, la banque se sert elle-même dans ce compte pour sa rémunération. Elle est justifiée en cela à ses propres yeux, par le développement nécessaire continu de ses propres structures, qu'elle développe d'année en année, en arguant de toujours plus de sécurité nécessaire à mon bénéfice.
Pourquoi se faire mal ?

L'informatique, depuis les années 60, a transformé le livre de compte originel papier ("Book" ou "Ledger") en un ensemble d'enregistrements de base de données, mais sans remettre en cause ce principe de propriété exclusive de la banque sur l'information de mon compte.

Je me souviens avoir visité la banque Coutts à Londres au débit des années 90 (c'était à l'époque la banque de sa Majesté), dans la quelle des opérateurs reportaient consciencieusement au stylo les opérations des clients sur de grands registres papier.
Concession à la modernité, la banque Coutts avait abandonné à l'époque déjà les plumes d'oie.

Il est clair que la mise en oeuvre des bases de données informatiques a déjà entrainé par le passé une destruction massive de valeur : Un compte ne m'est plus facturé aujourd'hui au prix que coutait un compte Coutts à l'époque des "books" papiers.
Mais cette destruction de valeur a été masquée, et largement compensée de toutes façons, par la diffusion massive de comptes bancaires a l'ensemble de la population. Ce qui a permis à la société française de passer :

  • d'une banque privée Coutts aux coûts exorbitants,
  • à une "Société Générale" ou à une "Banque Populaire", au coûts toujours trop élevés évidemment, mais néanmoins raisonnables.


Dans ce contexte, le Blockchain va une étape plus loin, et remet en cause le principe même de ces "Banques populaires". L'information est toujours sécurisée, mais :
  • non plus en étant stockée dans une base de données sur des moyens techniques propriété exclusive de la banque,
  • mais au contraire sécurisée par diffusion généralisée de l'information à tous les membres du réseau Blockchain. C'est cette diffusion généralisée qui permet la non-répudiation d'un débit ou d'un crédit, c'est à dire le fait de ne pouvoir nier ni l'existence ni l'exactitude de cette opération. Et donc la validation ipso-facto du solde du compte. 
Seule la dimension "confidentialité" (le fait que je ne souhaite pas, légitimement, que tout le monde connaisse le solde de mon compte) est laissée en responsabilité à la banque, qui gère cette question de manière applicative, en dehors du Blockchain stricto-sensu.

On pourrait évidemment estimer, après tout, que les banques adopteront cette nouvelle technologie du Blockchain comme elles ont adopté par le passé les bases de données. Quitte à me faire payer en tant qu'usager les coûts afférents à cette transformation fondamentale du système bancaire.

Mais ca ne va pas se passer comme ca ...

Le risque était patent déjà, que ce changement de génération technologique, par l'efficacité augmentée de fonctionnement qu'il permet, supprime des emplois dans le réseau des agences bancaires, et les syndicats ne s'y sont pas trompés.

Mais en fait le risque est encore beaucoup plus important qu'identifié initialement : Microsoft a annoncé hier que la connexion au Blockchain se résumerait à une simple API, qui plus est en Open Source, (ridiculement) baptisé "Coco framework". 

Regardez cette vidéo de présentation (sous-titrée), elle n'est pas plus technique que nécessaire :


L'intégration au Blockchain pour une banque commerciale va se réduire à un bricolage d'intégration d'API Coco. Un projet de quelques mois.hommes ...

Les banques commerciales sont mortes, elles ne le savent juste pas encore.