vendredi 19 décembre 2014

Il y a 50 ans, Jean Moulin entrait au Panthéon

Et Malraux disait :

http://www.ina.fr/video/I00013168

Monsieur le président de la République,
Voici donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans cette cérémonie, combien d'enfants de France sauraient son nom? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué; et depuis, sont nés seize millions d'enfants...
Puissent les commémorations des deux guerres s'achever aujourd'hui par la résurrection du peuple d'ombre que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort.
Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son action légendaire, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au Maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Ce sentiment qui appelle la légende, sans lequel la Résistance n'eût jamais existé - et qui nous réunit aujourd'hui - c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité.
Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres: «Il serait fou et criminel de ne pas utiliser, dit-il en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif.» C'était bien l'opinion du Général de Gaulle. Néanmoins, lorsque, le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage: une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient les combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française.
C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n'être qu'une légion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait rallié la France Libre. S'il venait demander au Général de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander je cite «une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui». Le Général assumait alors le Non du premier jour; le maintien du combat, quel qu'en fut le lieu, quelle qu'en fut la forme; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin tenait moins aux «forces immenses qui n'avaient pas encore donné», qu'à: «Il faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur». La France, et non telle légion de combattants français. C'était par la France Libre, que les résistants de Bir-Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l'allié qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage; le Général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'était à travers lui seul, que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - même lorsque le Président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l'armée d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme - comme feront les troupes du parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d'une boîte d'allumettes, la microphoto du très simple ordre suivant: «Monsieur Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l'unité d'action de tous les éléments qui résistent à l'ennemi et à ses collaborateurs».
Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements, le danger qu'entraînerait le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des Etats-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. A partir du débarquement, il devient évident que la France va redevenir un théâtre d'opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l'action du Noyautage des administrations publiques) sont à l'échelle de l'occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu'elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le réparer: alors que s'il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l'unité de la Résistance.
C'est à quoi Jean Moulin s'emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistance après l'autre: «Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face...» Il y a, inévitablement, des problèmes de personnes; et bien davantage, la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude, pour chaque maquis ou chaque groupe-franc, d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotzkistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison; ce qu'il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien préfet radical, chassé par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule!
Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée: ce n'est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-Tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n'est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les régiments, mais c'est lui qui a fait l'armée. Il a été le Carnot de la résistance.
A peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle; penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la Nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France.
En février, ce laïc passionné avait rétabli sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytère. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comité Général d'Etudes étaient formés; en septembre, le Noyautage des Administrations publiques. Enfin, le Général de Gaulle décidait la création d'un «Comité de Coordination» que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l'Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements Unis de la Résistance était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, et Jacques Dalsace.
De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy.
«Je revois Moulin, blême, saisi par l'émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le général et celui-ci disant, presque à voix basse: «Mettez-vous au garde-à-vous», puis: «Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la Libération de la France, dans l'honneur et par la victoire». Et, pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'était donné, en 1940, pour éviter de céder sous les tortures de l'ennemi».
Les tortures de l'ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil National de la Résistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne.
Ce Conseil National de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du débarquement, l'armée en haillons de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération.
Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Jusque-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. Désormais, elle va combattre en face de l'enfer.
Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit à son agent de liaison, Suzette Olivier: «J'espère qu'ils nous fusilleront avant». Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller.
La Résistance grandit, les réfractaires du Travail Obligatoire vont bientôt emplir les maquis; la Gestapo grandit aussi, la milice est partout. C'est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit; le temps où les parachutes multicolores, chargés d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses; le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d'enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé.
Le 27 mai, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil National de la Résistance.
Jean Moulin rappelle les buts de la France Libre: «Faire la guerre; rendre la parole au peuple français; rétablir les libertés républicaines; travailler avec les Alliés à l'établissement d'une collaboration internationale réelle sur le plan économique et social, dans un monde où la France aura regagné son prestige».
Puis, il donne lecture d'un message du Général de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l'unité de cette Résistance qu'il représente.
Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres.
Le 9 juin, le Général Delestraint, chef de l'armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris.
Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité: Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivée de Serreules: «Si j'étais pris, je n'aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant...» Il veut donc désigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire.
Ils l'y attendent, en effet.
La Gestapo aussi.
La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu'aux trois-quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Résistance.
En vain. Le jour où, au Fort Montluc à Lyon, après l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa soeur: «Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous».
Comprenons bien que pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mademoiselle Moulin, il savait tout.
Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé: le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons: elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousseline nouée, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bain - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de Juin constellée de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés: grâce à toi, les chars n'arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les Commissaires de la République - sauf lorsqu'on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc: regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas, l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich.
Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit...
Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais: «Ecoute ce soir, jeunesse de mon pays, les cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre: elles vont sonner pour toi».
L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des Partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Runstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé; ce jour-là, elle était le visage de la France.
André Malraux.

La cérémonie se poursuivait effectivement avec une interprétation du chant des partisans :



Quand Malraux évoque "avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes", il y a parmi elles le matricule 31818, Georgette Lyet-Messmer.

Vive la France éternelle.


Le cerveau humain

Le cerveau humain est une merveille.
Aucune machine, de toutes façons issue de cerveaux humains, ne pourra jamais l'égaler.

Je me suis réveillé ce matin en me disant que j'avais oublié un destinataire à un mail parti hier soir : mail qui comptait 3 destinataires, et aurait dû en avoir 4.

Cela signifie qu'une observation s'était faite dans ma tête hier soir, observation captée par mon oeil, mais que mon conscient a laissé passer.

Et ce matin, une tâche de fond a envoyé un rappel à mon conscient, de vérifier ce mail. Et effectivement, j'en avais oublié un destinataire.

Et le plus furieux c'est que je savais même clairement ce matin lequel des 4 destinataires j'avais oublié.


Mon oeil, a donc demandé de manière différée "overnight" à la fonction "au réveil" de signaler au conscient un problème sur un mail envoyé.

On peut se demander quel autre processus discret est impliqué également, qui a empêché l'oeil d'attirer l'attention du conscient dès hier soir, en constatant le problème, ce qui m'aurait évité de devoir envoyer un mail amendé ce matin ?
 

samedi 13 décembre 2014

Le plaisir d'une étrange langue étrangère

Il y a un plaisir intellectuel, quasi sensuel, à se plonger dans les complexités de l'anglais du New-Yorker :

http://www.newyorker.com/cartoons/bob-mankoff/say-prescriptive-say-descriptive

On y "flog a dead horse", on y traite d'"escutcheon" et de "gauntlet".

Tellement merveilleusement snob ...

mercredi 10 décembre 2014

Mafia Capitale

C'est le nom de la nouvelle mafia italienne, basée dans la ville de Rome, qui opérait, à côté des trois mafias traditionnelles (mafia sicilienne, camorra napolitaine et 'ndrangheta calabraise). Cette mafia, plus bureaucratique que militaire, est sans doute plus dangereuse pour la démocratie. Elle est plus enracinée, plus introduite dans les sphères du pouvoir local à Rome. D'ailleurs l'ancien maire de Rome Gianni Alemanno, en était. Son élection en avril 2009 avait fait immédiatement réagir le maire de Paris Delanoé qui dénonçait en lui le néofasciste pas vraiment repenti, introduit au Capitole sous les saluts romains (très proche du salut nazi). Les hommes de "mafia Capitale" bénéficiaient de contacts à droite ou à gauche et pouvaient continuer leurs affaires, signatures de marché et autres contrats lucratifs sans être inquiétés par le pouvoir local jusqu'au 4 décembre dernier, jour de l'arrestation de dizaines de ses membres...
L'alliance entre l'extrême droite romaine et les organisations criminelles est ancienne. A la tête de l'organisation mafieuse se trouvait notamment un ancien terroriste néo-fasciste, Massimo Carminati, déjà connu pour être également impliqué dans des formes de criminalité organisée.
Plus de vingt ans après l'épisode "mani pulite", opération mains propres sensée mettre un terme définitif aux liens entre politique et mafias locales, ce nouveau scandale secoue à nouveau la capitale antique et l'Italie, avec elle, n'en finit pas de souffrir de la corruption...

dimanche 30 novembre 2014

Ezechiel 4,9 : Négocier avec l'Eternel

Ezechiel 4,9 nous fournit une recette de pain :

Prends du blé, de l’orge, des fèves, des lentilles, du millet et de l’épeautre; mets-les dans un récipient; tu t’en feras du pain. Pendant ces jours où tu seras couché sur le côté : trois cent quatre-vingt-dix, tu en mangeras.
Aux Etats-Unis, ils en ont fait un produit qu'on trouve en supermarché, très apprécié des Bobos :


Les 390 jours pendant lesquels le prophète Ezechiel est condamné à en manger (c'est une pénitence) correspondent aux 390 années qui s'écoulent entre la chute du Royaume du Nord appelé Israel (environ en -933) et la chute de Jérusalemen (capitale du Royaume du Sud, appelé Juda), en -587, au moment de l'exil "by the rivers of Babylone".

Pour bien avoir le sentiment de la pénitence, voici la recette, qui plaiera certainement aux Bobos :
Tu mangeras ton pain en forme de galette d’orge; tu le feras cuire sous leurs yeux sur un tas d’excréments humains.  
L'Eternel dit : « C’est ainsi que les fils d’Israël mangeront un pain impur parmi les nations où je les disperserai. » (4:12)
Et je dis : « Ah, Seigneur Dieu! Je ne me suis jamais souillé; depuis mon enfance jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais mangé de bête crevée ou déchiquetée et il n’est jamais entré dans ma bouche de viande immonde. » Il me dit : « Eh bien, je t’accorde de la bouse de vache, au lieu du tas d’excréments humains : tu cuiras ton pain dessus. » (4:15)

Quelquefois, il faut savoir négocier avec l'Eternel, même ses pénitences.

jeudi 27 novembre 2014

Take this message to Garcia

Il y a une étrange expression en Anglais américain qui dit :
Take this message to Garcia

Elle signifie, pour celui qui la reçoit "Faîtes-le, je ne veux pas savoir, démerdez-vous".

Je l'ai souvent entendue dans la bouche d'un Partner américain, style ancien Marine, d'ailleurs plus souvent dans sa version dépitée, a posteriori :

Well, I guess Garcia ain't got this message, boys.

J'ai découvert récemment qu'elle avait une origine historique :

En 1898, pendant la Guerre d'Espagne, guerre des Etats-Unis contre l'Espagne pour le contrôle du Mexique, le Lieutenant Andrew Rowan avait réussi à transmettre un message important du président des Etat-Unis à un rebelle Mexicain du nom de Garcia, message qui avait fortement impacté la suite des évènements.

Toute la hiérarchie militaire pensait la mission suicidaire, et avait été très surprise du succès de celle-ci, au point de décorer Rowan de la Distinguished Service Cross, à son retour.

L'expression est restée, dans l'armée et dans l'argot, pour toutes ces missions impossibles que les individus réussissent à faire quand même, par la seule force de la motivation.

Voir Wikipedia.

mercredi 26 novembre 2014

Illusion d'optique

Il ne faut jamais en croire ses yeux.

Ces 2 voitures arrêtées au milieu de la route ont en fait la même taille :



La preuve :

Coupeurs de tête

Il y a des actualités dont on se passerait volontiers... Mais comment ne pas évoquer ces nouveaux barbares qui naissent pourtant sur notre bon sol de France, sont élevés à la bonne crème de nos vaches de Normandie et s'en vont couper des têtes dans les déserts de Mésopotamie ?

- N'était-ce pas dans ces contrées pourtant que la première civilisation humaine a vu le jour ?
- Les cieux étaient-ils différents dans l'Antiquité ?
- D'où vient le mal ? Des étoiles ou de nos pâturages ?

Saddam Hussein est né aussi dans ces terres de nos plus vieux ancêtres. Il était élevé au lait de chamelles et n'était guère plus tendre avec ses congénères. Que peut-on dire de plus sensé sur ses adorateurs de sacrifices humains ? Sur ces gosses qui pensent suivre Dieu et sont seulement fascinés par la mort qu'ils infligent ? Sur ces nés-de-la-dernière-pluie qui se mettent par là même à Sa Place. Sacrilèges ! Sacrilèges !

Est sacrilège celui qui par une action manque de respect ou marque de l'irrespect volontairement pour ce que d'autres tiennent pour sacré. Ce qu'ils perçoivent comme son crime est également nommé « sacrilège » et s'il leur paraît délibéré il est appelé « profanation » . Le terme pour les paroles jugées sacrilèges est « blasphème ».

vendredi 21 novembre 2014

Undocumented immigrants

Regardez le discours du président Obama sur les décisions qu'il vient de prendre sur la légalisation des immigrants résidant aux Etats Unis depuis longtemps.

C'est fou, je me sens tellememt plus proche de cet homme politique-là que des nôtres.


Est-ce parce qu'il cite les Ecritures ?
Exode 22:21 : Thou shalt neither vex a stranger, nor oppress him: for ye were strangers in the land of Egypt.
Exode 23 :9 : Also thou shalt not oppress a stranger: for ye know the heart of a stranger, seeing ye were strangers in the land of Egypt 
  
Ou simplement parce qu'il me donne le sentiment d'être au bon niveau des problèmes de la société ?

 
Il finit en disant "God bless this country we love".
Pourquoi un président français n'est pas capable de dire ça ?

mercredi 19 novembre 2014

La Tombe d'Alexandre (3)

Voir le précédent épisode.
Les archéologues ont trouvé un cerceuil de bois et un squelette dans la tombe d'Amphipolis, dans la 3ème pièce du fond.

Toutes les hypothèses antérieures sur la tombe qui serait celle de la mère d'Alexandre, ou celle de Roxane (l'épouse d'Alexandre) tombent : Le squelette est celui d'un être masculin.

Je reste persuadé que c'est celui du corps d'Alexandre lui même rapporté en secret de Babylone par Roxane.



mardi 18 novembre 2014

Les 5 Points de Lagrange

En astronomie : Un objet de faible masse situé en un point de Lagrange de 2 planètes n'en bouge plus relativement à ces 2 planètes, mais tourne de concert avec elles.

C'est le mathématicien Joseph-Louis Lagrange qui, en 1772, étudia le cas d'un petit corps, de masse négligeable, un satellite de télécommunication par exemple (ce n'est pas l'exemple pris par Lagrange ...), soumis à l'attraction de deux plus gros : le Soleil et la Terre (par exemple).
Il découvrit qu'il existait 5 positions d'équilibre pour le petit corps, des endroits où les 2 champs de gravitation Terre et Soleil se compensent.

On appelle (maintenant) ces points les points de Lagrange.
2 sont stables (L4 et L5).
3 sont instables (L1,L2 et L3), c'est à dire que le petit corps n'y reste stable que pour une certaine période (de l'ordre d'une vingtaine de jours).


Pour la démonstration mathématique, qui me dépasse complètement, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Point_de_Lagrange



mercredi 12 novembre 2014

Philae s'est posé

Il y a 100 ans jour pour jour, le 12 Novembre 1914, les pays européens se détruisaient devant Ypres.

Aujourd'hui, 12 Novembre 2014, dans un effort conjoint, ils font atterrir Philae sur la Comète Tchouri à 17h04 (-38 minutes de délai de transfert des ondes). 

Vive la France !

dimanche 26 octobre 2014

Right or Wrong, my Country

J'ai toujours aimé cette phrase qui caractérise si bien l'attitude des Anglais vis à vis du reste du Monde*.

J'aimais l'ambivalence assumée de ma terre qui reste ma terre même quand elle a tort.
Pour un peu, je dirais que j'aime ma terre dans le tort plus que dans la raison, car la France n'est souvent pas belle quand elle a raison, alors que ses fautes la rendent douce et désirable.

Smetana l'a dit pour sa patrie à lui, la Bohême, de manière terriblement émouvante dans son poême "Ma vlast" "Ma patrie". A telle enseigne que le futur Etat d'Israël a repris ce thème musical pour en faire son hymne national sous le nom "Ha Tikva" l'Espoir, l'Espoir d'une Patrie.

Et puis j'ai appris récemment que les Nazis avaient gravé "Recht oder unrecht, mein Vaterland" au fronton du camp de concentration de Buchenwald.

Je ne dénie pas aux Allemands le droit de prendre le parti de leur patrie, mais je ne peux m'empêcher de me sentir soudain dépossédé de la charge émotionnelle que véhiculait ce cri du coeur. Comme si l'on pouvait encore affirmer que "Arbeit macht frei", le travail rend libre, après Auschwitz.


* alors que la phrase est réputée être originellement d'un grand marin Américain, Stephen Decatur, en 1820.

jeudi 16 octobre 2014

Le visage du Christ

Une représentation magnifique et inattendue du Christ a été trouvée récemment à Càstulo (Andalousie).

Elle est exposée au Musée de Linares. Elle est datée du 4ème siècle, donc quasi-contemporaine de la sortie de clandestinité de l'église Catholique dans le monde romain (mais on est avant l'édit de Thessalonique, qui en fera la Religion d'Etat).
Elle figure sur un objet (probablement) eucharistique en verre, c'est plus tard que l'on passera à des patères et ciboires en métal plus ou moins précieux.

Il est établi que cet objet a été importé d'Ostie (près de Rome).



Noter que l'on représentait déjà picturalement la sainteté par une auréole, et que le Christ est déjà "l'Alpha et l'Omega", même si c'est écrit "A et W", à la Latine.

La prêtrise est toujours symbolisée par l'étole du Cohen (le prêtre Juif), ce qui n'est pas du tout romain. Et la croix est déjà érigée en objet de sainteté, alors que c'est un objet d'infamie dans le monde romain.

Je me demande ce que tient le Christ en main, cela ressemble à un livre, mais ca ne peut pas en être un, contrairement à ce que dit la presse. Les livres n'avaient pas cette forme à l'époque car ce sont des rouleaux de parchemin pour 1000 ans encore. De toutes façons, l'église se bat à l'époque pour s'éloigner de la Torah, et si les évangiles sont déjà rédigés et formalisés à cette époque, on les imagine mal dans la main du Christ.

En revanche,
le Christ y figure glabre et frisé, ce qui est loin des représentations classiques :



Curieusement toutefois, l'ancienneté de l'objet n'est pas en l'occurrence un gage de fidélité à l'image. Bien au contraire, le Christ, en tant que Rabbi du 1er siècle en Palestine ne pouvait pas ressembler à ca, car tant la frisure que le visage glabre sont explicitement interdits par la Torah
:

Lévitique 19,27 : Vous ne couperez pas en rond les coins de votre chevelure et tu ne raseras pas les coins de ta barbe.

La Tombe d'Alexandre (2)

Voir le précédent épisode.

Une mosaïque d'une qualité extraordinaire é été trouvée dans l'antichambre "3/x" avant la salle "?" qui n'est probablement pas la dernière salle :


Devant cette richesse, l'hypothèse "Tombe d'Alexandre" revient en force.


 
Alexandre et Bucéphale ?
 
 
J'imagine l'émotion des archéologues qui posent la main sur les tesselles pour la première fois depuis sans doute plus de 2000 ans.

mercredi 15 octobre 2014

Califat

Le Califat, c'est ... en gros toute la Mésopotamie et la majeure partie du croissant fertile !
A t-on vraiment progressé depuis 10000 ans ?

vendredi 3 octobre 2014

mercredi 1 octobre 2014

Haut Karabagh

L'indépendance du Haut-Karabagh, proclamée le 2 septembre 1991 n'est pas reconnue par la communauté internationale, à l'exception de l'Abkhazie, de l'Ossétie du Sud et de la Transnistrie. Le comté de Fresno, en Californie, a également reconnu le Haut-Karabagh le 23 avril 2013. En Espagne, le gouvernement de la province basque du Gipuzkoa a reconnu la République du Karabagh le 11 septembre 2014.


Non non, ce n'est pas un roman : ça se passe bien sur notre planète même si on n' identifie pas immédiatement tous ces noms d'états. Comme à l'école, les nouveaux se reconnaissent d'abord entre eux, pour ces nouveaux micro-états du monde, on se reconnait parmi les plus petits pays de la Terre. Et on y bat monnaie : 


Nous sommes nos montagnes... tout un programme ;-)

jeudi 25 septembre 2014

Kabylie 1958


Cette photo n'a pas été prise par moi mais par mon père, sous-officier pendant la guerre d'Algérie et en poste à Boudjima, près de Tizi Ouzou. C'est assez bucolique, et cette photo rend bien l'attrait naturel de ces paysages de montagne. Ce cadre champêtre avec ce soldat au centre, comme un simple scout en randonnée, n'est pas sans rappeler Le Dormeur du Val, poème de jeunesse d'un Rimbaud qui dénonçait l'absurdité effroyable de la guerre (ce qui ne l'a pas empêché de vendre ensuite des armes du côté du Yemen...).


Il fait beau et la nature frisonne et pourtant c'est la guerre... Saleté de guerre qui pollue le sens. Mais je suis très fier des photos prises par mon père durant cette drôle de guerre... de pacification. Elles sont plus celles d'un reporter que celles d'un soldat. Elles ressemblent à celles que j'ai pu faire 25 ans après, un peu plus loin à l'Est, sur le même continent, dans le cadre de mon propre Service National...


#NotInMyName

#Not In My Name
#Pas En Mon Nom
#Pas au nom de l'Islam
#Pas au nom de n'importe quelle religion
#Pas au nom de la Vie

Tahar Ben Jelloun écrit ce jour :

Au nom de qui, au nom de quoi décapiter un innocent ? Cette barbarie, devenue moyen de communication d'une horde sauvage, est un coup de plus porté à la communauté musulmane. Car, en exerçant ce métier fondé sur la haine la plus ignominieuse, ces individus, qu'ils soient en Irak ou dans les montagnes algériennes, souillent l'islam et les musulmans, souillent l'humanité entière, car cet acte va au-delà de tout ce que l'homme peut imaginer en ces temps où tous les repères sont brouillés, où le monde arabe s'enfonce dans une décadence et une régression dont on ne voit pas la fin.
Jusqu'où ces barbares iront-ils pour faire triompher leur idéologie de mort ? Nous savons que ces assassins n'ont foi en rien, ni en Dieu ni en l'homme. Ce sont des trafiquants de tout, assoiffés de reconnaissance qu'ils recherchent grâce au sang versé des innocents. Ce sont au mieux des gangsters qui se blanchissent dans le djihad, ce sont des voyous qui cherchent à nous faire croire qu'ils ont une cause, un idéal. Mais ce ne sont que des mercenaires engagés dans la destruction de l'islam, portant durablement atteinte aux musulmans de par le monde. La bande des "soldats du califat" ont fait allégeance au Daesh, mais cela n'était pas suffisant, il fallait concrétiser cela par un acte d'une rare barbarie. C'est une sorte de "cadeau", de preuve de leur soumission à al-Baghdadi.

Une brutalité pour faire barrage à la modernité

Les musulmans ont peur, car ils sont eux aussi visés par ce djihad dont le vrai objectif est le pillage et la destruction de toute modernité. Au moment où des sociétés arabes comme celle de la Tunisie et du Maroc se battent pour rendre justice à la condition de la femme, où elles luttent pour vivre dans une démocratie véritable c'est-à-dire dans un État de droit, les gens du Daesh essaient par la brutalité de faire barrage à la modernité. Nulle trace de cette barbarie ni dans les textes ni dans l'esprit de l'islam, une religion monothéiste qui s'est beaucoup inspirée des deux autres religions qui l'ont précédée.
Il est un fait que Daesh compte soulever de jeunes Européens d'origine immigrée ou convertis pour porter cette haine dans le coeur de l'Occident. Plus que jamais, le monde musulman ainsi que l'Europe doivent se mobiliser pour défendre leurs valeurs et leur destin.

mercredi 24 septembre 2014

If not me, who ? if not now, when ?

Un discours impressionnant d'Hermione aux Nations Unies, comme ambassadrice du mouvement féministe HeForShe :


J'aime cette citation de Hillel HaZaken sur la responsabilité individuelle, citée deux fois par Hermione : 

If not me, who ? If not now, when ?
 
 

lundi 22 septembre 2014

Il y a 100 ans ...

Article du Figaro du jour, In memoriam

Le 22 septembre 1914, disparaissait l'auteur d'un seul roman resté mythique pour des générations, Le Grand Meaulnes.

«Je n'entends plus les coups de revolver que tirait à trois mètres de moi le lieutenant Fournier ; je cherche mon chef: il gît à terre sans bouger.»
Le sergent Baqué, rescapé de la 23e compagnie raconte la mort de l'écrivain Alain-Fournier, tué en fin d'après-midi le 22 septembre 1914. L'homme d'un seul livre disparaît, dans l'anonymat des soldats tués au combat.

Henri Alban Fournier dit Alain-Fournier, est né le 3 octobre 1886 dans le Cher, «pays que l'on ne voit qu'en écartant les branches». Ses parents tiennent chacun une classe à l'école d'Épineuil-le-Fleuriel. Son quotidien de fils d'instituteurs deviendra celui de François Seurel dans Le Grand Meaulnes.

À Lakanal, où il prépare le concours de l'École normale supérieure, Henri Fournier fait la connaissance de Jacques Rivière, futur directeur de la NRF. «Je tiens à lui avec violence», raconte Rivière à propos de Fournier. Ils entretiendront une longue correspondance qui permettra d'en savoir beaucoup sur l'écrivain du Grand Meaulnes.

Dans l'esprit de Fournier, Le Grand Meaulnes mûrit dès 1909. Il parle régulièrement de «son livre» à ses amis, et les amours et les rencontres de sa vie deviendront la matrice de son roman. Il compose son livre de 1910 à 1912, alors qu'il s'éprend de Jeanne Bruneau, future Valentine du Grand Meaulnes.

Le roman paraît en 1913. A Jacques Rivière, Henri Fournier écrit: «Je ne demande ni prix, ni argent, mais je voudrais que Le Grand Meaulnes fût lu.» Le livre culte pour des générations d'adolescents échoue à la dernière marche du Goncourt, décerné cette année-là au Peuple de la mer de Marc Elder, inconnu aujourd'hui. La même année, Marcel Proust publiait Du côté de chez Swann. L'histoire des prix littéraires est faite de cruautés.

Au printemps 1914, Fournier propose à Hachette d'écrire une version pour la jeunesse du Grand Meaulnes. L'affaire n'aura pas de suite. Il commence un nouveau roman: Colombe Blanchet, et une pièce de théâtre, La Maison dans la forêt. Deux manuscrits inachevés. La guerre est là.

Le corps retrouvé 77 ans après sa mort


En 1914, à l'heure de la mobilisation, Henri Fournier écrit à sa sœur: «Je pars content.» Le 19 septembre, il envoie la dernière lettre à ses parents. Il s'ennuie et croit en une victoire rapide. Le 22 septembre, il est tué au contact de l'ennemi dans le bois de Saint-Rémy sur les Hauts de Meuse. Pendant 77 ans, son corps restera introuvable, avant qu'on ne le déterre d'une fosse commune où l'avaient jeté les Allemands.

À sa mort, Paul Léautaud, Paul Fort, Guy-Charles Cros et les critiques littéraires rendent hommage à l'écrivain du Grand Meaulnes. Dans Le Figaro, Julien Benda salue cet «être de choix qu'on voudrait soustraire au danger». Jacques Rivière, à la fin de la guerre, s'en va même refaire les derniers pas de son ami dans le bois de Saint Rémy: «Tout le monde ne sait peut-être pas qu'il est assez dur de s'avancer tout vivant, au comble de sa force, entre les bras de la mort.»

«Vous irez loin Fournier»

Après la célébration du centenaire du Grand Meaulnes l'année dernière, Ariane Charton, a publié au mois de février une biographie d'Alain-Fournier. Ouvrage fourni, rempli de notes et de références, on y découvre le cheminement de l'écrivain, ses fréquentations, son pays de Sologne et sa vie à Paris. Dans une édition établie par Ariane Charton toujours, Le Mercure de France dans Lettres à Jeanne a exhumé cette année les lettres et textes de l'écrivain pour Jeanne Bruneau, on découvre que les lettres et notes prises lors de leurs rencontres sont autant d'ébauches qui conduiront à la rédaction du Grand Meaulnes.

La Maison École du Grand Meaulnes, à Epineuil, continue aussi de faire vivre l'écrivain dans son pays. Ce week-end, les enfants de l'école lisaient des textes du Grand Meaulnes dans les lieux qui ont inspiré le romancier. La maison organise régulièrement des évènements autour d'Alain-Fournier: conférences, lectures, expositions, soirées musicales…

Alain-Fournier fait partie des écrivains fauché par la mitraille de 1914, comme Louis Pergaud, Jean de La Ville de Mirmont ou Charles Péguy quelques jours avant lui. Péguy qui écrivait en 1911 à Henri Fournier: «Vous irez loin Fournier, vous vous souviendrez que c'est moi qui vous l'ai dit».

Cent ans après sa mort, l'auteur, intimement lié à son unique roman, a traversé le siècle sans vieillir.

vendredi 19 septembre 2014

La tombe d'Alexandre

Dans une prochaine vie je serai archéologue.

Et je mettrai au jour des cariatides magnifiques sculptées pour des rois, et des lions, et je prouverai que dans la tombe d'Amphipolis repose Alexandre le Grand, dont les cendres auront été (secrètement) rapportées de Babylone par la reine Roxane.






  

lundi 15 septembre 2014

Une société desespérément futile

Je lis dans la presse ce matin :

Comment mieux gérer le stress provoqué par l’afflux constant de messages sur smartphone ? Des chercheurs anglais développent une application ...

Les enfants d'Alep et de Mossoul et ceux de Gaza City et de Sderot apprécieront la pertinence des sujets de recherche retenus par les "chercheurs".


dimanche 14 septembre 2014

Etat civil

Sous le régime de la loi du 13 fructidor an VI, soit du 1er vendémiaire an VII au 28 pluviose an VIII, les mariages ont été célébrés uniquement le décadi au chef-lieu des cantons, et non dans la commune d'appartenance.

Les arpenteurs d'archives apprécieront cette subtilité que je ne connaissais pas.

Nota :
1er vendémiaire an VII = 22 septembre 1798
28 pluviose an VIII = 1er février 1800
Décadi : le 10ème jour = le week-end ...

samedi 6 septembre 2014

Ajouter l'insulte au mépris


On tient là, avec Thomas Thévenoud, éphémère Secrétaire d'Etat, un homme politique qui ose vraiment tout :


Il nous livre le fond de sa contrition :
Au fond, ma rigueur dans la vie publique n'a eu d'égale que ma négligence dans la gestion privée

La seule décence que j'accorde à cette glose ridicule, c'est de parler de sa vie publique au passé, autrement c'est tout faux :
 
- Ce propos aurait pu appartenir à Fouquier-Tinville ou à Saint Just, accusateurs publics, sûrs de leur bon droit, les deux ayant finis comme on sait.

- Qu'est-ce que la rigueur dans la vie publique si elle n'émane pas intégralement de la rigueur dans la vie privée ?
 
- Ne pas payer ses impôts, qui est une tentation humaine que la société française érige au niveau d'un art, nécessite de cultiver la discrétion.
Lui, carrément, il va donner des leçons à la Commission des Finances.

 
- Ne pas payer ses impôts quand on est rémunéré grassement comme député avec de l'argent public : Ouaouh ...

Ne pas souhaiter du mal à son prochain est demandé par le Psalmiste, mais celui-là je lui souhaite quand même 40 ans de traversée du désert, avec un caillou dans chaque chaussure.



mercredi 3 septembre 2014

Salut à toi, grand reporter

Après avoir vécu des années au Yémen, Steven Sotloff s’était installé en Libye. « Il vivait à Benghazi, c’est l’un de ces rares reporters free-lance qui pensent qu’ils doivent vivre sur place pour bien faire leur boulot », a précisé Janine Di Giovanni, journaliste à Newsweek. Selon Ann Marlowe, une amie rencontrée en Libye, Steven Sotloff  parlait bien l’arabe et aimait profondément le monde musulman.
Journal La Croix

Steven Sotloff a été exécuté par ce nouvel état islamique d'orient qui croit pouvoir fonder son existence sur une terreur digne des pires état totalitaires du 20ème siècle, ce 20ème siècle où l'on croyait avoir mené les dernières expériences de guerre et d'impérialisme. On en a pas fini avec les "ismes" : après le communisme et le capitalisme, de nouveau le nationalisme (russe) et de nouveau l'extrémisme (religieux). Quant à notre pauvre soldat de la vérité tué ce jour, il me fait penser à cet autre grand reporter Tiziano Terzani qui avait consacré sa vie à la recherche de la vérité, sur le continent asiatique en particulier, après avoir vécu lui aussi "sur-place" et parlé le chinois... A la fin de sa vie, sa conclusion était très mitigée sur l'intérêt de connaître cette vérité et de la communiquer coûte que coûte. L'histoire se répète continuellement et de façon si précise, si bêtement semblable.
Après le bruit des armes et l'intervention à terre d'un pays "pacificateur" bien ignorant du tissu ethnique, il faut bien que celui-ci se retire. Suit une période d'anarchie pire que l'état antérieur, puis les bombardements aériens semblent à nouveau indispensables, etc... le monde est ignorant. Qui se rappelle de la chute de Saïgon et de ce qui s'est passé à Phnom Penh, dans ces lieux pourtant les premiers civilisés de la planète... ? Il faudrait se moquer de cette pauvre humanité sans mémoire. A quoi bon laisser "parler" les armes, elles n'ont jamais rien à dire !

mardi 2 septembre 2014

The Borowitz Report

J'aime beaucoup le New-Yorker, et spécialement le Borowitz Report, très cinglant sur les homme politiques, dans un cadre juridique américain, où l'on a le droit de tout dire :

WASHINGTON (The Borowitz Report)—Across the United States on Wednesday, a heated national debate began on the extremely complex issue of children firing military weapons.

“Every now and then, the nation debates an issue that is so complicated and tricky it defies easy answers,” says pollster Davis Logsdon. “Letting small children fire automatic weapons is such an issue.”

Logsdon says that the thorny controversy is reminiscent of another ongoing national debate, about whether it is a good idea to load a car with dynamite and drive it into a tree.

“Many Americans think it’s a terrible idea, but others believe that with the correct supervision, it’s perfectly fine,” he says. “Who’s to say who’s right?”

Similar, he says, is the national debate about using a flamethrower indoors. “There has been a long and contentious national conversation about this,” he says. “It’s another tough one.”

Much like the long-running national debates about jumping off a roof, licking electrical sockets, and gargling with thumbtacks, the vexing question of whether children should fire military weapons does not appear headed for a swift resolution.

“Like the issue of whether you should sneak up behind a bear and jab it with a hot poker, this won’t be settled any time soon,” he says.

lundi 25 août 2014

Oradour (15) : Croix de bois



L'histoire dans l'histoire... Cette simple croix, adossée à un mur de maison de l'artère principale, pour honorer la mémoire des victimes date à n'en pas douter de 1945. Elle se fond dorénavant dans le paysage gris et délavé de ces pauvres bâtiments abandonnés à leur sort. Mais elle est plus émouvante que le colossal coffre de béton construit il y a peu pour témoigner de l'emprise nazi sur un territoire... Autre temps, autre mœurs. Devoir moral et sacré ou devoir civil et politique de mémoire.





dimanche 24 août 2014

Paris se libère, certes ...

Paris se libère, certes.

Mais c'est de la main de ceux qui ont envoyé la cousine de ma grand-mère, Georgette Lyet-Messmer, à Auschwitz.


Elle a été emprisonnée au Fort de Romainville, puis à Compiègne, d'où elle est partie par le convoi du 24 Janvier 1943 vers l'Allemagne et Auschwitz.


A Auschwitz, elle porte le numéro 31818 dans sa chair.

Elle y mourra du typhus vers Mai 1943.

Elle a toujours été libre, elle.

  

Ceux que je suis (2) - Hic et Nunc

L'équivalence entre Espace Hic et Temps Nunc, ou plutot leur ambivalence, n'est pas qu'une complexe élucubration de physicien. C'est avant tout une expérience personnelle simple, souvent omniprésente à la conscience de l'individu.

Chacun attache, de manière innée d'abord, puis développée ensuite par ses choix de vie, plus de poids au plateau Hic ou au plateau Nunc de la balance : Tel individu ressentira d'avantage le poids du temps, sous la forme d'une nostalgie aigüe du passé par exemple, tel autre s'immergera au contraire dans la prégnence de l'espace, arpentant la terre de France, le ciel ou la mer.

Mais tous deux ne font que confronter leur finitude à la dimension qui les touche d'avantage, hic ou nunc.


Cette fusion recherchée, avec le temps ou avec l'espace, n'est pas sans ambiguité : elle présente deux faces, une d'attraction, le ravissement, une de répulsion, l'angoisse. Cette ambivalence est bien décrite par le concept anglais de "awe", ravissement dans la mesure du "awesome", mais dont le trop-plein vire au "aweful".

Autant on concoit bien que la nostalgie du temps qui passe puisse basculer rapidement à l'obsession, Proust ayant fait son oeuvre à ce sujet, autant on est moins familier avec l'idée de la charge émotionnelle quasi-angoissante, de l'espace environnant.


Pour ma part, les deux plateaux de ma balance personnelle sont très déséquilibrés : Le temps ne me pèse aucunement, mais l'espace pèse sur moi d'un poids incommensurable.

Les textes qui évoquent notre passage individuel sur cette terre comme aussi court qu'un instant d'éternité, comme une poignée de poussière aglomérée par un souffle, puis aussitôt dispersée par le vent, m'ont toujours paru relever de l'évidence, et ne provoquent chez moi aucune forme ni d'apitoiement ni de souffrance.


En revanche, les arpents de vigne que mes ancêtres ont cultivés pendant des générations, je ne peux les parcourir sans devoir m'arrêter et poser la main sur la terre, pierreuse et tiède, les yeux envahis de larmes.
Et c'est partout la même émotion sur cette terre de France, sanctifiée par l'effacement contraint mais consenti des générations passées et oubliées.

Je suis un arpenteur de France sans montre au poignet.


 


samedi 23 août 2014

Oradour (14) : Commémoration


L'hommage de la France aux habitants d'Oradour. 
Ici, les âmes montent directement au ciel.


vendredi 22 août 2014

Oradour (13) : 1984




Une voiture rouillée attend au seuil de la porte envahie par les plantes grimpantes. Elle est bien là, à deux pas, mais quoique existant dans le présent, elle semble flotter dans le passé sur les hautes herbes qui masquent son châssis, support matériel sur la terre. Ces herbes folles s'agitent en tous sens, comme des flammes silencieuses.
Au premier plan, un tas monstrueux d'objets couleur du temps, un cadre de bicyclette. Témoignage d'un jour. Le mur de teinte fauve, chaleureuse, définit un espace contre nature ; sommes nous dedans ou dehors ? Paradoxale aussi cette roue de voiture au petit ajour. Quel contraste avec le cerceau élancé, appuyé devant l'ouverture et amenant le regard à le traverser, à passer sur ce seuil de pierre, cette frontière difficile du passé.
Fait le 14 octobre 1984 


Ces deux photos sont séparées de 30 ans. Il y a toujours une voiture rouillée qui attend au seuil d'une porte par ailleurs envahie par les herbes folles. Mais cette photo là ne me dit pas les mêmes choses. On est pas sérieux quand on a 19 ans...

jeudi 21 août 2014

Oradour (12) : Eternité



Ce petit bureau des PTT des années 30 est sans doute le dernier à subsister dans son aspect originel. Un lourd chaînage de béton à l'intérieur préserve la cohésion du bâtiment. Pour combien de temps encore ? Quel est le prix de la mémoire ? Quand les crimes commis à Oradour s'ajouteront-ils à tous les autres, historiques ou anonymes et se fondront-ils dans les ténèbres de l'histoire ? Combien de temps dure l'éternité ?

mercredi 20 août 2014

Oradour (11) : Garage Renault



Un garage en 1940. Ses plaques émaillées conservent quelques couleurs rescapées sur l'ensemble du village martyr. En face du garage, une pompe à essence modèle Satam, de 1925... La serrure en laiton a t-elle mieux résisté au temps que le gond en acier ou est-ce le fruit d'une réparation moderne ? J'ai bien examiné les deux pièces mais n'ai pas pu trancher car les deux présentaient bien des signes de la morsure du temps.






mardi 19 août 2014

Oradour (10) : Belle France



Quel joli paysage de cette belle France d'avant-guerre où les tramways venaient relier les gens de la ville aux gens de la campagne !
Quelle a été la vie ultérieure des passagers de ce dernier tram qui venait de Limoges en fin d'après-midi, ce 10/06/14 et qui jamais n'est arrivé ? Quelles étaient leur pensées au moment où les vigiles de la Wafen SS les retenaient à l'écart dans une ferme à proximité pendant que le reste de la délégation das Reich achevait sa funeste besogne dans le village martyr ? Qu'ont-ils vu, entendu, senti qu'aucun être humain ne devrait jamais voir, entendre, sentir ? Qu'ont-ils fait après avoir été relâchés sur les lieux, le soir même ?

dimanche 17 août 2014

Oradour (9) : Mégalithe


Qu'est ce qu'un ouvrage funéraire qui dure dans le temps ? L'image que l'on a tous à l'esprit est celui d'un tumulus néolithique avec sa chambre funéraire dissimulée sous une mégalithe, à l'intérieur d'un cairn. Ce qu'il en reste, l'ossature minimale est communément appelée dolmen. La stèle choisie pour honorer les 642 morts de Oradour ressemble étrangement à ce monument réservé aux dignitaires de l'âge de la pierre taillée. De véritables mégalithes existent à 2 km d'Oradour. Désir d'éternité...


Sur ma bague de mariage, une inscription plus simple : X-VI-MM. C'était le même jour de l'année. Il pleuvait pour notre mariage. A Oradour, ce X-VI-MCMXXXXIV à midi, il faisait beau.

samedi 16 août 2014

Oradour (8) : Cimetière



Un nouvel Oradour a été construit à l'identique après la guerre, juste à côté du village martyr. Mais le cimetière qui sépare les deux villages, celui des vivants et celui des morts est le même. Curieuse juxtaposition des caveaux récents et des caveaux de 1944 dépositaires de toutes ces vies arrêtées le même jour funeste, 4 jours après le débarquement des libérateurs.


Tous les jours un nouvel Oradour, aujourd'hui Kocho en Irak...

vendredi 15 août 2014

Oradour (7) : Crucifixion



Ont-ils seulement pensé à ce qu'ils faisaient ce jour-là ? Ces 200 jeunes SS de la division Das Reich avaient en moyenne 17 à 19 ans. La Panzer division Das Reich, regroupée après les lourdes pertes sur le front de l'Est avait été chargée de mâter par la terreur les maquis du Sud de la France. Elle comptait environ 18500 soldats SS à ce moment de la guerre, faisant ici ou là en Ariège 20 fusillés pour l'exemple ; ailleurs, à Tulle quelque 200 victimes accrochées pour beaucoup aux réverbères de la ville. Une opération de pure terreur devait ensuite être commise, sur la route du front de Normandie, dans le but de marquer définitivement les esprits, une opération initiatique pour les plus jeunes, celle de la violence et du sang contre les populations civiles, terrorisme relativement commun sur le front de l'Est. Le terrorisme, la marque de la Das Reich qui se concevait comme une troupe d'élite du Reich. Savaient-ils ce qu'ils faisaient ? Peut-on leur pardonner ?
Quelle civilisation serait-elle née d'un tel déferlement de violence ? Que peut-on construire sur de tels fondements ? L'histoire regorge pourtant d'actes violents et la vie des hommes continue !
Aujourd'hui encore, des innocents sont tués un peu partout dans le monde... pour faire peur ! Mais la peur n'existe plus quand on a tout perdu et on entretient au contraire des générations de terroristes.

jeudi 14 août 2014

Oradour (6) : Cloche fondue



Plus de 1000 °C sous ce clocher de l'Eglise, comme en témoigne la cloche de bronze fondue...
Le cocktail asphyxiant déposé au milieu de l'enceinte et allumé à l'intention des femmes et des enfants ayant fait voler les vitraux lors de son explosion, il convenait dès lors d'abattre le plus rapidement possible à l'arme automatique l'ensemble des présents. En témoignent les impacts de balles dans le granit de ce désormais sanctuaire pour l'éternité...


Mais combien de temps dure l'éternité ? 


Le plafond de béton qui apparaît par l'oculus du porche reconstruit est chargé de le faire durer...

mercredi 13 août 2014

Une seconde d'éternité

Je me suis toujours demandé ce qu'était une heure, et partant ce qu'était une minute ou une seconde. J'ai donc décidé d'éliminer cette ignorance une bonne fois pour toutes.

Au commencement, depuis la nuit des temps, l'heure (qui a toujours existé, elle est évoquée par exemple dans l'Ancien Testament, mais il y a des références plus anciennes) était simplement la 12ème partie d'une journée moyenne sur la terre, ou la 12ème partie d'une nuit.
D'où l'évocation des ouvriers de la 11ème heure dans l'Evangile (Saint Mathieu Chapitre 20), ceux qui arrivent tard pour bosser.


L'association de la base 12 (dite base duodécimale) avec les unités de mesure du temps est traditionnelle dans toutes les civilisations, car on a noté dès les temps les plus anciens que l'année solaire comptait 12 lunaisons. Rester en base 12 présentait dès lors, j'imagine une forme de cohérence.

Noter toutefois que les 12 mois n'ont structurellement pas un nombre duodécimal de jours, du coup, on les a donc décomptés soit en base 10 : 3 décades chez les Romains , ou en base 7 (par semaine dans la Bible).

Pour subdiviser l'heure en unités plus petites, je pense (mais je ne le sais pas, et ne l'ai pas vu écrit) que les anciens ont aimé l'idée que la seconde (la 60ème partie d'un 60ème d'heure, cohérent avec la base 12) correspondait au rythme des battements du coeur.

Ce qui permet de mesurer le temps sans instrument aucun, juste en s'écoutant "battre" la mesure, au repos, à température ambiante.

Mais cette mesure biologique vaut ce qu'elle vaut
en termes de précision, et la modernité du monde, et son besoin de précision, ont imposé des changements :
- En 1956 on est passé à une définition de la seconde décorrelée du jour : La seconde est devenue la fraction 1/31 556 925,9747 de l’année tropique 1900.

- Puis en 1967, la seconde a été définie non plus par rapport à l'année solaire, mais par rapport à la matière : « La seconde est la durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux hyperfins F=3 et F=4 de l’état fondamental 6S½ de l’atome de césium 133 ».

Evidemment, Césium doit être au repos et à une température de 0 degrés Kelvin pour écouter les battements de son coeur à lui.